L'étymologie et l'histoire du mot "créole" sont aujourd'hui bien établies; la première attestation du terme, en français,est une citation de l'espagnole "criollos" qui a lui même emprunté le nom au portugais "crioullo". Ainsi s'expliquent les formes "crioles" qui apparaissent encore au début du XVIIIe siècle et, en particulier, dans le Voyage de l'Arabie Heureuse (1716) où La Roque définit de ce mot: "L'air de cette isle Bourbon est admirable pour la santé, les crioles néanmoins qui sont ceux qui naissent sur les lieux ne vivent pas vieux ordinairement". Aux Antilles comme à Bourbon, il ne fait donc pas de doute que le qualificatif "créole" peut être appliqué aussi bien à des Blancs qu'à des Noirs (comme d'ailleurs à un animal ou un végétal).
Le terme a vu son sens évoluer de façon divergente selon les lieux mais il est faux de prétendre, comme le font par exemple M. et A Leblond qu' "au début, créole signifie exclusivement le Blanc né aux Colonies de souche européenne...". L'usage de "créole" pour désigner non les individus nés aux colonies mais les langages spécifiques qu'on y parle est plus récent et, en tout cas, largement postérieur à l'apparition de ces parlers. A date ancienne, leurs désignations sont toujours nettement dépéciatives et ils ne ne sont pas considérés que comme des formes abâtardies de français. Les premières "reconnaissances" de leur existence en tant que systèmes linguistiques ne datent que de la seconde moitié du XIXe siècle et la prise de conscience de l'intérêt scientifique de ces parlers ne remonte guère qu'aux premières années du siècle. En revanche, aujourd'hui, ce domaine de recherche a pris une importance de tout premier plan en raison de la possibilité qu'offrent les situations de créolophonie d'étudier dans des conditions privilégiés l'évolution et le changement linguistique. Dans cette perspective, il faut souligner que la question de savoir s'il s'agit ou non de langues n'est même pas posée car une telle interrogation n'a pas de sens au plan scientifique. La question de la définition des créoles est en revanche plus délicate;I.Hancok (1977) dénombre, dans le monde, cent sept pidgins ou créoles qui ont, en général, pour "base" les grandes langues européennes de colonisation (35 pour l'anglais, 15 pour le français, 14 pour le portugais, 7 pour l'espagnole et 5 pour le hollandais). A ne pas limiter strictement l'usage du mot "langues créoles", on risque d'être conduit à considérer comme telles l'anglais ou le français dont les conditions socio-historiques d'apparition ne sont pas radicalement différentes de celles des parlers généralement classés comme tels. Si l'on s'en tient, par commodité, à la définition clasique de R. Hall (1962) un pidgin est un système linguistique à stucture rudimetaires (lexique réduit, structures grammaticales élémentaires) et à fonctions limitées : il n'est la langue maternelle d'aucun des locuteurs qui en usent. Un créole apparaît lorsque ce pidgin devient la langue maternelle d'une partie ou de l'ensemble de la communaté linguistique où il est en usage : cette "nativisation" s'accompagne d'une stabilisation et d'une compexification du pidgin ainsi que d'une diversification et d'une extension de ses fonctions puisqu'il devient la langue maternelle des individus nés dans la communauté, au lieu d'être seulement un parler second utilisé dans des conditions sociolinguistiques définies. Il apparaît donc raisonnable, en ce qui concerne les parlers à base française, de limiter l'usage du qualificatif "créole" aux langues nées de la colonisation française des XVIIe XVIIIe siècles, tout en les distinguant de formes régionales du français (Canada) qui, quoique "exportées" à la même époque, ont subsisté dans des conditions socio-historiques sensiblement différentes.